
Samuel Hahnemann Anton Mesmer
" l'unité de l'expérience apparait à un double point de vue : pour les empiristes , l'expérience est uniforme dans son essence parce que tout vient de la sensation ; pour les idéalistes , l'expérience est uniforme parce qu'elle est imperméable à la raison. Dans l'adoption comme dans le refus , l'être empirique forme un bloc absolu "
Bachelard .
Sans qui sont toujours risquées cette plongée dans le Baquet , l' exaltation du Mortier .Il accompagne de très loin cette petite Oeuvre maladroite ,immersion dans l'Esprit Préscientifique , hermétique pour les Propagantistes qui font de la Guérison une " Seule Religion ".
§ Il y a deux cent ans ( et maintenant pas mal d'années en plus ...), en 1796 , Buonaparte vole de victoire en victoire en Italie et saigne sans vergogne les peuples médusés au profit d'une Révolution en haillons, au profit de sa gloire naissante. Mesmer, Théologien et Médecin mondain, Mozart des aimants, dépité par l'échec de Lyon, rumine devant son Baquet purgé de ses illusions par un corps médical peu imaginatif et s'exile en Suisse. Par écorce de Quinquina Initié, Hahnemann lance un raid méthodique sur une médecine affaiblie par les excès des disciples de Galien. L'épidémie de 1830 - et la Rumeur des foudroyants succès de la Nouvelle Thérapie - couronnent cette OPA sur les milieux médicaux, fascinés paradoxalement plus par les Nouveaux Principes que par les conseils avisés de " L'Ami de la Santé " surtout connu alors des milieux lettrés, bouillon de culture habituel de ce nouveau Prédicant au demeurant peu itinérant.
Trois Destins, trois Inventeurs qui agitent encore les esprits aujourd'hui, trois " Miasmes " qui imprégneront les générations futures.
" L'Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des plantes médicinales " est généralement considéré comme l'acte fondateur de l'Homoeopathie. Hahnemann formalise les reflexions issues de ses lectures , de ses premières essais toxicologiques.Au delà de l'omnipotence de Galien , le plus grand des Médecins, il rejoint un ruisseau du courant hippocratique: les symptômes morbides peuvent être guéris par une substance dont l'administration à l'homme sain produit les mêmes symptômes que ceux observés chez le malade.
Des cinquante quatre premières substances essayées ou rapportées, des quelques quatre cent cas de " guérisons " simplement rapportées , il en tire la Certitude du Principe Majeur de la Relation de Similitude dans la " Guérison ".décrite comme une réaction , un retour à l' idéale harmonie du Principe Vital par la force dynamique , élastique et immuable du médicament et non comme la projection , le réarrangement du patient que Paracelse pressentait déja .Il s'éloigne du bouillonnement d'idées révolutionnaire et désordonné de son époque pour se replier sur un des grands principes du passé , ombre mythique et nostalgique qu'il va figer dans la perfection de sa Doctrine et de sa Methode.
Du Cercle ( ou du Vide ) Parfait .
En 1810 ,il élève au rang de Doctrine le " principe de corrélations ", tiré des Concordances - l'eau le vent, l'humidité ,le chaud ,les rhumatismes etc - fort prisées de la Tradition Occultiste, et codifie les Lois Naturelles de la Guérison dans l'Organon de la médecine rationnelle, premier outil codifié de la Similitude appliqué à la Médecine .Il tente de sortir de l'univers magicophilosophique de Paracelse qui impregne encore son temps en posant les régles empiriques de l'Analogie décrite . Ce traité sera suivi par la Matière Médicale Pure (1821) puis le Traité des Maladies Chroniques,où il précise sa théorie des Miasmes (1828),hypothèse hardie de la modification du patrimoine génétique transmis où la Psore, métaphore de la lésion cutanée première , est la perturbation dynamique initiale , mal primitif inconnu qui ronge l'homme comme le sarcopte le dévore.
De la Paléopathologie en Homoeopathie .
Hahnemann étudie , réfléchit, , "expérimente " longuement, dit-il , sous le regard du Dispensateur de tous biens . "Empirique " résolu, Il le tient soigneusement à l'écart de son discours , mais il rejette également le laboratoire et apparemment n'utilise pas le microscope que le jésuite Kircher pourtant maniait avec dextérité .Il veut limiter son champ aux effets observés des substances simples et naturelles chez l'homme dont il va catégoriser l'étude dans un Organon , Canon d'une seule Religion .
De l'Empire des Sens .
Cette illumination de l'Érudition , ce feu de l'Observation déplace simplement la Métaphysique du Concept à l'Objet, de l'Idée au Sujet . Le médicament étudié , théurgisé et délivré selon les Principes d'une Description tenue comme Vraie , devient déclinaison , théoréme , principe marchand et Jurisprudence d'un Nouvel Ensemble qui réconcilie Pythagore , Euclide et Mercure dans la Droite Ligne du Nombre Élevé , transanctionnel et juridictionnel .
Hahnemann - dans la pure tradition occultiste - replace L'Homme non seulement au centre du système oublié de Ptolémée, mais aussi au coeur de la Caverne où il est Enchainé .
le Remède, Monnaie obligée , va être travaillé , négocié et légiféré avec la même minutie que toute orfévrerie alchimiste. Le " scientiste " Freud - fils volontiers renié de Mesmer - n'est pas loin, , les " jeux " de l'Immunologie , de la Biologie moléculaire , des Neurosciences rappellent aussi la complexe joaillerie alchimiste sauf qu'elles savent par nécessité s'échapper de l'enfermement "du moment privilégié "( Bergson ) de l'objet (re)présenté , de la quadrature du Cercle Parfait qu'Hahnemann n'a jamais su dépasser.
Le HASARD n'est pas un Terme hahnemannien .
Cette " découverte " - annoncée sans trop de modestie aux disciples déja conquis - devait effacer les failles jusque là inexplicables de la pratique triomphale de l' homoéopathie , le remède devient prédicat de ce Postulat dont seule la Synchronicité le Réfléchit au delà de la Causalité qui le Détermine , par la manipulation de l'Attribution, par la Représentation échappée de la Validation qui seule légitime le Fait Scientifique mais n'interdit pas la Reproduction du Fait Divers ,pas plus que l'illusion de Mercure dans la pierre illuminée de Böllingen, qui un temps égarât Jung.
Les Planétes et les Métaux sont Justifiés ,
la Traversée du Remède aussi.
La Lèpre du Lévitique est rejointe par la Syphilis , la Sycose et l'omniprésente " Iatropathologie " ( Demarque )
Hahnemann meurt à Paris en 1843, élevant le remède aux trentième centésimales ,aux cinquante millésimales. Avec la patience têtue du travailleur obstiné, il retouche six fois de sa minuscule écriture l' Organon de sa Gloire.
Cet Homme a toujours Faim .
La relecture des principes déclinés en 291 paragraphes selon les canons de l'époque ( cf Kant ) dépoussière Hahnemann dans la galerie virtuelle des Medecines Dynamiques , l'incise dans la collection des Apocryphes , le sort des assemblées ferventes des Évangélistes qui se sont appropriés ce remarquable Négociant, et le replace dans la Lignée - obscur caillou , statue resplendissante ou simple borne - qui d'hier à aujourd'hui veut éclairer la pars obscurantis qui obstinèment se dérobe .
Ce Monadisme dérangeant autant , un rappel de la Théorie s'impose.
Succinctement :La vocation la plus haute du médecin est le rétablissement de la santé de la façon la plus rapide, la plus sûre et la moins nuisible : " cito , tuto , jucunde " dit Celse, grand discoureur de l'art médical .
Hahnemann se veut d'abord Enquêteur.
Il faut connaitre en effet le médicament, ses effets chez l'homme sain, les principes et modalités d'application, et le malade, miroir de la maladie qu'il réfléchit par l'ensemble des symptômes.
Le Médicament :-décrire l' action curative ( énumération chez l'homme sain ), la substance semblable ( choix ) , la travailler sans cesse ( trituration ,succussion ), evaluer la quantité divisée (la dose ) et la valoriser ( dynamisation ), l'appliquer enfin avec l'art de la methode (choix, attente, répétition , seconde prescription .)
Kant n'aurait pas mieux structuré les catégories de ce Champ.
Le Malade :- en recherchant les causes iatrogènes , déja fortement actuelles comme la cause occasionnelle des maladies aigües . C'est toute l'importance de l'hygiène et de la prophylaxie chez Hahnemann qui resurgit , masquée par la fascination de tous ses Successeurs et Compilateurs pour le " Miracle " du Médicament , au détriment de la Prévention que pourtant il ne cesse de répéter , oubli pas forcément involontaire sinon nécessaire de l'éclosion de l'Économie du Médicament sans laquelle pas plus qu'Hahnemann , ils ne pourraient exister ?
- en spéculant sur la cause profonde des maladies chroniques que sont les maladies " miasmiatiques " sur un terrain et dans un environnement donné : C'est la réceptivité du malade maintenant devenu sensible au travers de générations imprégnées et qui va diversement exprimer ce mal premier qu'un seul contact suffit à répandre de façon la plus diverse qu'il soit :
N 'est pas malade qui veut quand il veut de la maladie qu'il peut : de l'Acare au Pollen, du Bacille Mélancolique au Virus Déficient, d'Allergies en Pandémies, court cette Incertitude toujours récurrente qui dépasse l' arithmétique sommation de cofacteurs variés . Bounan , reprenant Montagnier , a bien décrit cet enchaînement autour de l' Interrogation prudente et contournée :
La Maladie - comme l'Expression virale - ne serait - elle que l'Image figée du Reflet multiple et changeant de l' apoptose prématurée d'un Système débordé, d'une Économie épuisée dont le Remède, miroir du Symptome , ne serait que la seule Représentation d'une " guérison" par lui seul " Autorisée ?
- en retenant enfin la totalité des symptômes physiques et psychiques qui signent l'aura de la maladie c'est à dire l'image de l'énergie vitale immatérielle ( dynamis ) désaccordée.
La puissance morbide devra être supplantée par la puissance dynamique du médicament accordée à l'état du sujet, exaltée par l'atténuation , déplaçant la maladie par " contagion ", comme la Force de l'Aimant , immatérielle comme le foudroiement de l'Amant ?
De la Propagation en Homoeopathie .
Le médicament devient remède par substitution -transfert - d'une affection médicinale artificielle semblable mais plus forte que la maladie présente: " dans l'organisme vivant, une affection dynamique plus faible est éteinte d'une manière durable par une plus forte , si différente d 'espèce , elle lui ressemble cependant dans ses manifestations ".
c'est la Loi des Semblables : similia similibus ( curentur ) .
Hahnemann mûrit Sa Différence . Il croit s'échapper ainsi de la " Magie "de Paracelse , de la " Mécanique " Cartésienne , de la nature , du poids de la Substance par la Dynamique de la Relation dont les énigmatiques liaisons sont l' essence et le miroir du Rapport qui de jacob Boehme à Lacan interpelle toujours . Le Temps du verbe en circonscrit cependant prudemmment le Cercle à " l'art conjectural " qu' est la thérapeutique " :
Borne du Remède et des Aimants , Borne du Pratiquant.
Pour Hahnemann , la capacité curative des substances naturelles expérimentées chez l'homme sain ( pathogénésies ), la receptivité de l'Homme devenu Sensible ( approche du déterminisme génétique ? ) l'atténuation ( l'infinitésimalité de la quantité qui se rapproche de la quintessence du moi et donc pourquoi pas de son "expression génetique " ? ), la loi de similitude ( le similimum), la qualité et la finesse du travail ciselé par l'art et l élagage du Maitre-Ouvrier inspiré par la Matière et sa Substance ( dynamisation ) , les modes d'administration ( modes et circonstances de répétition ) en accord avec les ciconstances de la maladie ( son environnement et les acquis du sujet ), l'abstention enfin dont l'art à lui seul nécessiterait un livre qui ne se limiterait ni au quelconque " va et ne ne pèche plus "ni à la simple " natura medicatrix " mais dont la subtilité mèle à la fois l'art du praticien à la symbolique ou la complexité du Mal qu'il doit dénouer :
toutes ces methodologies seront donc les lois naturelles de la Science et de L'Art de Guérir.
et son Alchimie
Hahnemann spiritualise à son tour sa Methode .
Il fait oeuvre de pharmacologue à partir de la connaissance encyclopédique- et livresque -avec la marge d'erreur de l'époque des effets toxicologiques des substances décrites
.Lire Hahnemann sans avoir présent à l'idée ses débuts dans la manutention des épices ,son discret apprentissage du mélange des couleurs , sa faculté de mémorisation et ses vastes connaissances livresques conjuguées à son éloignement pratique des expériences physiques de son temps ,malgré une anectodique rencontre avec Lavoisier ,negliger son absence de voyages à l'époque où les différentes universités étaient le passage obligé et le ballet des esprits flamboyants , oublier ses travaux solitaires de traduction en particulier sur la distillation, sur la chymie du vin etc, c'est négliger tout un pan de l'ontologie de sa pensée, comme ne pas apprécier les contingences de sa vie c'est méconnaitre la base de cet Orgueil qui bientôt Rayonnera .
Au médecin esseulé , désemparé et sceptique des recettes de son Temps - pourtant riche en expérimentations sur les sujets scientifiques les plus divers - en révolte contre les dogmatismes en cours mais dédaigneux des courants novateurs , replié sur ses cogitations et la certitude de son égo, ces lectures vont donner plus que l'observation de la Nature l'intuition de l'intérêt thérapeutique de l'analogie toxicologique qu'il va retrouver " expérimentalement " dans la transe de l'écorce de quinquina.
L'hypnose est aussi dans la Matière, que jamais comme tout alchimiste Hahnemann n'abandonnera .
La Description et la Comparaison des effets des substances administrées selon les principes posés sont les Piliers de la Doctrine .Il s'oppose aux excès des disciples du grand Galien trop souvent réduit à la formule: contraria contraribus et à la compléxité de formules magiques qui font le bonheur des apothicaires : il rejette les " fantaisies " de leurs pratiques médicales au motif de spéculations dangereuses : purges, saignées, tisanes, narcotiques et autres coctions - onguent des Apôtres,Antidotaire, electuaire de Malouin, baume tranquille de l'abbé Rousseau , sel des frères Seignette etc - qu'il détestait particulièrement sinon obsessionnellement : Ne sont pas de son Esprit ces farines folles qui font vaciller les vaches sur les barrières d'Espèces et ces poudres de toutes les couleurs qui assoupissent l' âme et les sens dans la béatitude spongiforme de l'assuétude méthodiquement administrée .
Des Vaches et des Hommes .
Certaines médications de l'époque n'étaient pas plus engageantes que coktails supplémentés ou optimisés de maintenant dont certains laboratoires spéculent à nouveau avec beaucoup d'opportunité l'Intéret qu' Hahnemann dénonçait vigoureusement à Leipzig.
Hahnemann n'est décidément pas un Homme de Science , et les Mécanismes marchands de l'Économie de Santé - sinon les spéculations financières - lui échappent comme ils echappent encore aux Médecins d'aujourd'hui . Il va prévoir des dispensaires gratuits, mais pas la Cité Marchande ,utopie pourtant récurrente , et il en restera prudemment à l'évocation de cette idée généreuse mais limitée , fréquente en ces temps de guerres et de misères ,et ne deviendra jamais Hospitalier.
le Médicament reste dans La Jurisprudence de l'Echange Singulier .
Et Hahnemann dans son repli
Les Suivants, à peu d'exceptions près, vont rattraper cette erreur historique par un marketing judicieusement adapté à une clientèle soigneusement choisie .
Car n ' entre pas n' importe qui en Homoeopathie , qui au contraire de la Chimie , reste délibérément choisie , sinon poursuivie et adoptée dans l'electivité chère à pierre Janet.
Les Ensorcelés sont déja autour du Baquet .
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